Intrigue du laboratoire « PLOT » ex « subtractor », ex « temporalités », ex « temps réels », ex « temps-réel »
Le laboratoire PLOT s’est constitué autour d’une réflexion sur le temps-réel, au sein du projet de recherche AGGLO en 2002. Initialement intitulé « temps-réel », il était constitué par Jean Cristofol, philosophe, et Fabrice Gallis, artiste, tous deux relativement fascinés par la première cybernétique au moment où elle pose les fondements de ce que l’on nomme aujourd’hui les NTIC. Depuis, Guillaume Stagnaro a rejoint l’équipe et de nombreuses propositions ont été dévoloppées par le trio. Au cours de l’histoire du labo, ses objets, ses méthodes et sa propre structure se sont redéfinis, auto organisés, recombinés pour prendre la forme d’une intrigue (’plot’ en anglais) dont le dénouement n’est pas encore pleinement décidé.
« TEMPS-REEL »
A partir de la notion de temps réel et de nos préoccupations respectives, nous élargissons depuis deux ans le domaine à un tas de concepts élémentaires dont nous combinons les principes pour tenter à la fois de comprendre les enjeux artistiques des dispositifs dits en temps-reel, mais aussi et surtout de construire des outils pratiques pour envisager une esthétique du/en temps réel dissociée des simples enjeux économiques et techniques qui imposent l’urgence comme norme. La situation, la norme, la prédiction, l’imprévu, la lenteur, la décision, l’adaptation, la notion d’émergence, de milieu, l’urgence, le piège, la régulation, l’occasion sont autant de briques qu’un assemblage logique permet d’articuler pour penser une pratique en temps réel.
La manifeste vétusté des concepts cybernétiques et l’échec retentissant des utopies qui en découlent n’enlève rien à la claire voyance des acteurs de cette pensée ni à la qualité formelle des systèmes entrepris. C’est donc sur un plan épistémologique que Jean a d’abords étudié les principes du feedback ou du neurone de Mc Culloch et Pitts au travers de textes extraits des conférences de Macy, dans l’optique d’en tirer des outils pour mieux cerner ce qui peut se jouer actuellement dans les systèmes en temps-réel. Fabrice, lui, a développé, au sein de sa pratique un ensemble de tentatives autour du code par l’écriture de moteurs temps-réel hors machine. Guillaume a proposé un principe contributif d’écriture algorithmique. Au travers de ces recherches, nous traquions ce que l’on pourrait appeler des réminiscences de la cybernétique dans les sciences cognitives, les interactions politiques ou l’art.
Les liens entre l’utopie politique de Wiener et les concepts sur lesquels il s’appuie nous ont paru pertinents dans la mesure où s’est constituée, dans la concrétisation de ses concepts dans des machines à leur image, une utopie de la communication (Breton) qui nourrit indéniablement l’imaginaire technologique. L’abstraction cybernétique d’une machine de Turing est à l’oeuvre à chaque instant, (arrangée par Von Neumann et quelques autres) au coeur de tout dispositif numérique de commutation ou de communication. Pour investir ces domaines, moins du côté de l’épistémologie pure que d’une pratique concrète, nous avons lancé plusieurs hypothèses de travail au sein d’un site internet http://temporalites.free.fr/
Jean a alors entamé la composition en ligne d’un corpus de textes filtrant la cybernétique au travers d’un fuseau de préoccupations philosophiques, esthétiques et politiques. Ces textes regroupés dans une rubrique « Prédiction, Variation, Imprévu » se succèdent selon une logique d’investigation en résonnance avec les tentatives plastiques et pédagogiques des deux autres. Il n’a jamais été question de produire des textes auto-suffisants, mais de fournir dans l’échange au sein du labo et avec le dispositif AGGLO une plateforme théorique d’actualisation de la cybernétique.
Nous avons tiré la notion, voire le concept de temps réel hors du champs de la technique pure qui peut se résume vite et précisément par une définition :
temps réel : Se dit d’un système devant répondre aux sollicitations de son environnement physique dans des délais précis, ou d’un système devant simuler le fonctionnement d’un autre système, à la même vitesse que ce dernier.
Pour nous, la notion même de sollicitation doit peut-être se concevoir dans le couple sollicitation/sollicitude comme baudrillard a pu l’analyser (« la société de consommation »). Ce qui nous entraine très vite sur un terrain couplant politique et esthétique.
« TEMPS REELS »
Nous avons en 2003 commencé à considérer le labo lui même comme un objet temps réel et donc sa matérialisation a commencé à suivre les variations et l’avancées des réflexions. Tout d’abords intitulé « temps-réel », il s’est nommé ensuite, dans un effort de relativité « temps réels » puis « temporalités » afin de sortir de la contrainte technique et penser, en art, l’importance de la durée et de sa perception.
« TEMPORALITES »
Pour expérimenter ce qui se joue entre une oeuvre et son milieu, un Workshop intitulé W O R K S H O P N O N S T O P a été proposé du 5 au 9 janvier 2003 par Fabrice à l’école d’art de Mulhouse. Il consistait à implémenter dans le hall du Quai, et avec l’aide des étudiants, un système programmé, sensible, et reprogrammable. Il s’est alors construit une logique en marche 24h/24 qui pouvait changer la disposition du mobilier, modifier la circulation des personnes et à une vitesse décidée par les algorithmes développés sur place. Cette expérience a produit un ensemble de documents de travail disponibles sur le site temporalites.free.fr. Une autre expérience pédagogique est apparue à l’université de Nîmes, sous la forme d’un examen en théorie du numérique proposé aux étudiants de Licences Arts Plastiques : « Les Minutes ». Le rendu du travail de théorie devait se faire sous la forme de 5 minutes distinctes mais cruciales.
De son côté, et indépendemment Guillaume a développé, en collaboration avec Caroline Duchatelet, un principe de ralentissement de la vidéo relatif à la quantité de mouvement en présence.
« SUBTRACTOR »
Avec l’arrivée de Guillaume en décembre 2003 , le labo a repris une tournure assez technique, et les rôles se sont donc vus redistribués selon un système issu d’un schéma de Norbert Wiener dans Cybernetics, or CONTROL and COMMUNICATION in THE ANIMAL and THE MACHINE (1948), détaillant la fonction du feedback dans une logique analytique.
Ainsi le point de vue de Jean s’est trouvé traduit en Feedback(take-off), Fabrice est devenu le Compensator et Guillaume l’Effector. Ces principes sont détaillés dans la description du labo de janvier 2004 sur agglo.info
« PLOT »
En octobre 2004, Les recherches de chacun ont fait glisser nos échanges vers une considération plus précise de la situation comme coeur des problématiques liées au temps dans des systèmes en permanente évolution. Nous avons donc proposer un Workshop sur l’année aux beaux arts d’Aix en Provence baigné dans une temporalité particulière, un jour par mois, considérant que le jour du mois précédent est « hier » et que le jour du mois suivant est « demain ».
Au travers de la notion de PLOT induite par Douglas E. Stanley(artiste, responsable de l’atelier hypermedia de l’école d’art d’aix), nous explorons dans cette continuité artificielle, et avec les étudiants, un mode de production de situation en temps réel, lentes.
S’est trouvée au premier plan, la notion de piège, qui insufle à nouveau dans nos recherches le soucis constant de la portée politique d’un système(initalement induite par « cybernétique et société » de Wiener). A cette occasion, Guillaume a développé un outil de travail collectif simple pour développer des structures temporelles lentes sous la forme de contributions ouvertes. Ces contributions sont de l’ordre de relevés, de notations d’éléments, de situations, en vue de les comprendre, de les coder (reverse ingenering) et de les reprogrammer. Cet outil, nommé SPLOT est expérimentable su rle site de l’atelier hypermedia des Beaux Arts d’Aix http://hypermedia.loeil.org/plot/
État des lieux
Dans les plus récentes questions que nous abordons, le temps réel prend un sens tout particulier, en déterminant la zone temporelle où une liberté est possible. Dans le rapport d’un individu à une oeuvre impliquant des dispositifs en temps réel s’intriquent politique et esthétique, dans une situation-oeuvre qui joue de son contexte ou qui se joue comme contexte. Hors de l’art, c’est l’individu dans une situation en perpétuelle évolution et ses degrés de liberté qui constituent de plus en plus l’objet de notre labo. Jean a entamé une lecture de Machiavel dans cette optique et Fabrice a initié une nouvelle réflexion avec les étudiants de Nîmes dans un cours intitulé « politique du temps ».
Emergent alors de nouvelles pistes inattendues, ouvrant nos réflexions jusqu’alors encore liées à la forme cybernétique, sur d’autres notions comme la jurisprudence, au sens ou deleuze peut l’aborder dans l’abécédaire, la notion de milieu qui apparaît chez Von Uexkull ou Canguilhem, ou l’occasion, à saisir chez Machiavel.
Dans ces ouvertures se tissent des réseaux de sens avec d’autres labos. La Jurisprudence est à penser avec le laboratoire /TMP dans le cadre de sa réflexion entre art et action sociale comme indices de liberté dans un système, un monde qui bouge.
Le Laboratoire LEINSTER des réalités physiques emprunte des pistes autour de l’étude de paysages sonores partagés qui implique des transmissions de contextes et une pensée pratique de l’écoute active comme immersion - en temps réel - dans un milieu vivant sonore.
Les énoncés programmatiques de LIB_ pourraient fournir des modèles tout à fait expérimentables par PLOT. Les travaux de laboratoires TRANSACTIV-EXE, SEMEX, RADAR ou SYS nous font observer se qui se joue entre situation et utopie.