Patrice Loubier
Le projet : un journal d’observation des interventions furtives (ou phénomènes présumés tels), qui servirait de plate-forme à l’étude de leurs modes de médiation. Il s’agit d’y consigner aussi bien des interventions aperçues au fil du quotidien (surtout à Montréal, donc), que des récits ou mentions de projets transmis par d’autres ou glanés dans mes lectures. Ainsi devient-il possible d’étudier ce type de pratique artistique à partir des deux positions de perception antithétiques mais complémentaires qu’elle implique : d’une part, l’observation naïve et impromptue d’un phénomène survenant dans l’expérience vécue, et dont on ignore les tenants et aboutissants ; d’autre part, la connaissance avertie d’un tel phénomène en tant que projet dont sait la règle du jeu.
On peut ainsi décrire les objectifs de RADAR : 1. Documenter aussi objectivement que possible un certain corpus local d’interventions, en prenant en compte l’environnement (architectural, urbain, social) auquel se greffe l’intervention, et tenter de recueillir l’histoire dont elle est faite, c’est-à-dire les dynamiques de réception qu’elle initie (observation de traces d’usage ou de manipulations, voire sondages auprès des passants, usagers du site ou résidants du quartier). 2. Examiner, à partir des descriptions, anecdotes et récits qui vont constituer la matière même de ce journal, les formes diverses de transmission et de médiation qui véhiculent les interventions furtives dans la parole et le discours écrit (de la conversation informelle jusqu’à l’article de revue d’art, en passant par les sites Internet que réalisent plusieurs auteurs de ces projets pour les archiver). 3. Réfléchir de façon plus large à l’expérience de perplexité, d’étonnement et de jouissance que peuvent susciter la découverte et la fréquentation inopinée de ces œuvres.
Pour un exemple d’entrée pouvant figurer dans ce journal, voir « De mystérieuses lignes peintes apparues sur les trottoirs de Montréal », pour le Coranto de la revue ESSE (http://www.esse.ca/coranto/framecor.html, et cliquer sur CORANTO 2).