« l’organicité » des laboratoires
L’équipe des 22 chercheurs qui développent le programme est répartie entre une dizaine de « laboratoires » à la fois construits collectivement (dont la naissance est proposée à la communauté de recherche) et décidés par individuation (les propositions d’ouverture de laboratoire sont délibérées et motivées par les participants ou un groupe de participants au programme). Chaque laboratoire définit ses objets et ses hypothèses d’expérimentation et d’observation ainsi que ses modes d’opérabilités propres (éditoriale, contributive, d’élaboration de dispositifs, d’observatoire, etc.), en situant et interrogeant ceux-ci vis-à-vis du sous-générique du programme (construction de situations collectives d’invention) —qui a servi de repère d’articulation au lancement du projet— afin d’en éprouver les pertinences et d’en prévoir les perspectives sous la forme d’articulation de problématiques sous-tendant des activités d’observation et/ou d’expérimentation.
Ces problématiques ont été jusqu’à présent non complètement identifiées et cernées (voir le chapitre 2), même si elles ont permis, sans être énoncées en tant que telles, de motiver et de fonder les activités du programme au travers des propositions des laboratoires. Nous pouvons dire sans doute que le dispositif (l’articulation des laboratoires) s’est construit dans sa première phase sur des propositions expérimentales et réflexives sous la forme d’isolats associés avant d’aborder (de s’atteler à) depuis quelques mois la question de la recherche et de la spécificité propre de cette recherche en art, ainsi qu’à des problématiques communes.
Malgré la conscience latente de construire un espace collectif représenté tout d’abord par la présence commune dans cet espace, puis dans les interactions successives entre les laboratoires, la plupart des membres d’agglo ont axé leurs activités sur l’élaboration des laboratoires et la mise en place des modalités d’opération de chacun de ceux-ci. La différenciation des activités a permis de repérer et de révéler la pluralité des modalités et opérabilités en action : observations, veilles, analyses, expérimentations, développements, etc., sous des formes de présence variées (publications, projets, ateliers, forums, etc.). Ainsi nous avons pu prendre en considération l’aspect inédit et original du dispositif, qui ne possède pas à notre connaissance de modèle antérieur dans le domaine de la recherche artistique. De la coexistence de modules laboratoires plus ou moins perméables et chapeautés par un générique hôte, le programme a évolué vers un dispositif d’articulation de « consistances » (et non de « circonstances »), correspondant à l’élaboration d’un dispositif de recherche, dispositif d’articulation de laboratoires, dispositif de dispositifs.
les inter-opérabilités
L’existence d’un laboratoire, tout en étant « autonome » et singulier et tout en définissant ses modes d’interaction, semble être légitimée par les articulations qu’il favorise (internes ou externes) ou par les « objets » d’autres laboratoires qu’il rend visibles ou actifs (webring). Le fonctionnement du dispositif de recherche agglo semble être lui-même en état de continuelle évaluation et adaptation par ses « acteurs » même. Outre les axes évoqués à la naissance du programme de recherche, les références constantes des laboratoires sont le générique commun « Construction de situations collectives d’invention » —emprunté à Pierre Bourdieu dans l’un de ses ultimes textes (« Pour un Savoir Engagé », Le Monde Diplomatique, février 2002)—, et les problématiques communes qui articulent et donnent sens aux relations inter-laboratoires.
Par ses interactions et publications dans le site spip du programme, un laboratoire transmet sa lecture et son interprétation d’une activité qu’il a entrepris, seul ou en sollicitant d’autres laboratoires ou encore en s’associant avec des locuteurs externes. Il peut offrir en complément une documentation sur son activité ou bien encore l’expérimentation d’une « situation » repérée en sollicitant la présence et l’activation par les autres laboratoires. Cet aspect rédactionnel et/ou documentaire peut apparaître sur l’espace collectif du site internet www.agglo.info ou sur le site internet du laboratoire. C’est en premier lieu l’attention des autres laboratoires qui est recherchée, même si la chronologie et la disponibilité des laboratoires et donc des membres les constituant, n’a pas toujours permis une optimisation de cette attention. Cette inscription (dans le site spip ou sur un site web) propose des « réinscriptions », sous la forme de commentaires, de forums, d’annotations, associés au référent initial, ou encore sous la forme de transferts et de re-contextualisation dans un autre laboratoire (un même terme peut circuler entre plusieurs laboratoires diachroniquement, et chacun d’entre eux peut éprouver la pertinence ou le sens porté en le confrontant à leurs propres recherches et investigations).
Dans ce sens plusieurs initiatives sont à remarquer même si leurs aboutissements n’ont pas tous été finalisés (en étant toujours en cours) ou été recevables pour l’identification d’une recherche consistante. Il s’agit tout de même d’activités inter-laboratoires qui ont construit et constitué peu à peu un espace commun :
Lib_ propose à Transactive-exe d’assister à et de commenter une conférence d’Howard Rheingold à propos des smartmobs, ce qui permet à Transactiv-exe d’observer les flashmobs, dont Semex proposera par la suite une analyse pertinente (« La cérémonie éclair ») publiée plus tard dans la revue électronique canadienne Archée (http://www.archee.qc.ca/), et Lib_ sollicitera ensuite Semex, via Bernard Guelton qui active ce laboratoire, pour participer à une publication proposant d’articuler la notion de « coopération » au travers de l’observation de différentes organisations collectives, et du relevé de problématiques et d’hypothèses autour de cette notion. (à suivre).
Transactiv-exe a proposé à plusieurs reprises aux laboratoires de participer aux sessions « jouables » du Générateur Poïétique d’Olivier Auber, afin d’éprouver et d’expérimenter une situation de création collective au travers d’un système multi-joueurs, ce qui a produit après les sessions des compte-rendus d’expériences au sein des séances IRC par exemple, afin de discerner les enjeux de tels dispositifs. (à suivre).
Streamlab et Lib_ proposent sur leurs sites respectifs et à partir du site spip, la constitution de lexiques sous des formes différentes (pour Lib_, un thesaurus de termes autour de la notion de « coopération », http://www.agglo.info/audiolib/thesaurus.html ; pour Streamlab, un glossaire expérimental « streamlapédia » à propos de la circulation des flux d’informations en réseau, http://streamlab.info/ ?wiki=Lexique ). Le croisement de ces lexiques (mis à disposition des membres afin d’être alimentés et commentés) et l’articulation des termes inclus permettra de construire un outil commun ou un agencement d’outils reliés et à la disposition des chercheurs. (à suivre).
etc.
un dispositif partagé
Au-delà d’une « fédération » de laboratoires ou de chercheurs, il faudrait plutôt parler d’une coopération de laboratoires ayant des objets et des opérabilités différenciés sur une plate-forme collective constituée de problématiques communes à partir d’observations et d’expérimentations de pratiques élaborées. Conçu initialement comme un programme à visée inter-écoles (voir le dossier initial remis lors de l’appel à projets en 2002), agglo investit la question du développement d’un espace de recherche en réseau, producteur de textes d’observation et d’analyse, de propositions de dispositifs portables, recompilables ou réplicables et d’activités compatibles et catalysatrices, de tutorials, de bases de données accessibles, etc.
En associant zones d’expérimentation et zones d’évaluation, agglo développe un espace partagé (espace d’espaces) qui invente la construction d’une situation collective de recherche.
La volonté de co-élaboration préside l’initiation d’agglo en tant que forum hybride en renonçant à un confinement de ses activités (dans un dispositif fermé de recherche) pour développer un espace commun adaptatif pertinent. En construisant ses objets et ses modes d’opérabilité, agglo se dote d’une capacité d’action en décidant concrètement des modalités de celle-ci et en évaluant les frontières entre l’intérieur et l’extérieur (du dispositif de recherche, du dispositif de chaque laboratoire, des problématiques communes, etc.).
introduction
approches et objets d’investigation
note sur l’idée de jurisprudence
note sur le récit et la transmission
note sur la recherche en art
note sur émancipation et affranchissement
note sur temporalités et mémoire
le dispositif agglo
comment agglo opère-t-il ?
le site internet www.agglo.info