Agglo

note sur le récit et la transmission

(par le laboratoire transactiv-exe) :

Construction par le récit

Le processus de singularisation qui permet à l’individu de s’inventer comme un sujet agissant et pleinement investi d’une situation se joue dans la négociation conflictuelle qui relie le particulier à l’universel, le local au global, le cas de jurisprudence à la loi et l’expérience à l’Histoire.

Le récit (à la première personne) occupe une place centrale dans ce processus. Il constitue la transition entre l’épreuve corrosive et dé-constructrice de l’expérience d’une part, et la délibération publique et re-constructrice d’autre part. Car l’expérience en soi, est une épreuve informe. C’est la construction du récit qui donne forme à la situation et un sens à l’expérience.

Le récit permet au sujet de s’abstraire progressivement d’une situation, par le fait même qu’il s’y représente et s’y raconte. Ce faisant il se l’approprie. Il devient l’auteur, non pas d’une situation objective qui le conditionne comme ses semblables, mais d’une histoire dont il n’était que l’acteur, voire simple figurant ou spectateur. C’est un premier degré de la distanciation que l’on qualifierait de Brechtienne. Celle du conteur. Ce qui nous intéresse dans cette façon de construire la distance, c’est que la situation proposée ainsi à la réflexion, inclut le sujet et son devenir comme enjeu principal.

La construction narrative décrit un parcours et un mouvement. Il entraîne donc le narrateur dans un devenir qu’il doit inventer par un effort d’élucidation des conflits ou malaises rencontrés dans une situation, pour tenter d’aboutir à un dénouement, et le cas échéant, de poser plus clairement les données d’un problème. Cet effort d’élucidation amènera le narrateur à infléchir les stéréotypes comportementaux ou esthétiques qui normalisent son rapport aux situations. Les nouveaux modèles qu’il laisse ainsi entrevoir peuvent à leur tour nourrir l’imaginaire collectif. C’est en ce sens que le travail du récit peut offrir des analogies avec la jurisprudence.

Transmission par le récit

Raconté, ce travail d’élucidation présente indubitablement des vertus pédagogiques. L’acte de raconter est fortement contaminant. Les histoires sont des choses que l’on colporte, adapte ou réinvente assez aisément. L’agrément lié au récit, l’éventuel apaisement que le dénouement du récit apporte à un conflit, en somme le processus même de la construction narrative est un mouvement que tout un chacun a envie de reproduire et de réinventer.

Parce qu’il décrit un mouvement, le récit permet de surmonter la réification des dispositifs artistiques en objets ou installations. Par ailleurs, le récit, surtout édité sous forme numérique se présente comme un mode de transmission à la fois fluide et convivial. Il n’est pas encombrant et se colporte facilement. Certes, il occupe un temps de lecture que la forme du récit tente de rendre le plus agréable possible. Le suspens lié à l’action, le fait que le récit est porté par une voix humaine et suscite l’empathie, sont des facteurs qui facilitent encore la transmission d’une connaissance fondée sur l’expérience, plutôt que d’un savoir désincarné qui se poserait en position d’autorité.





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